Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 21:28

 

Vous trouverez ci-après 2 textes relatant la lutte récente du syndicat CNT AIT de Clermont pour l'emploi de « T » dans l'association SAMA de Clermont-Ferrand (63).

 

Préambule du GASY:

 

«  C'est le propre des privilèges et de toute situation privilégiée que de tuer l'esprit et le cœur des hommes. L'homme privilégié par le politique ou par l'économique est intellectuellement et moralement corrompu. Cette loi sociale ne connaît pas d'exception et s'applique aux nations entières comme aux classes, aux corporations et aux individus ». M.Bakounine- « Dieu et l'Etat ».

 

 

Le « tissu associatif » touche de nombreux domaines dont l'économie, la culture, l'insertion et la réinsertion sociale et professionnelle, la formation professionnelle... ! Employant selon leur taille quelques salariés ou plusieurs centaines, les associations représentent 1 salarié sur 10 en France

Cette activité a été et est fortement investie par la gauche, notamment pour le médico-social, la formation professionnelle, l'insertion et la réinsertion . Elle s'inscrit dans le domaine dit « non marchand ».

 

Les structures, vues de l'extérieur, sont bien perçues par une partie de la population car œuvrant pour les « plus démunis » et les personnes en difficulté sociale et professionnelle. Le mot même « association » pourrait laisser penser qu'une certaine démocratie fonctionne dans ces structures ou tout du moins que les salariés échappent quelque peu aux relations de domination que nous trouvons dans le secteur dit « marchand ».

 

Or il n'en est rien, d'une part les salariés ne sont que « salariés », leur statut est géré comme ailleurs par le code du travail et ils ne sont quasiment jamais représentés dans le bureau et le conseil d'administration de l'association. Cela veut dire que les salariés « vendent » comme partout leur « force de travail ».

 

Ainsi les rapports d'exploitation sont maintenus : inégalités salariales selon le métier exercé et le niveau de hiérarchie mais aussi selon de sexe, prédominance des rapports hiérarchiques,

inégalités dans la concertation et la prise de décision, absence d'assemblée ouverte à tous. En clair, mu et motivé par l'aide qu'il peut apporter aux autres, le travailleur dans une association n'est qu'un simple salarié, un exploité.

 

L’État et les collectivités (Régions, départements, communes...) financent par l’octroi de budgets le dispositif associatif. Ces structures sont donc « employeur » mais aussi « décideurs », elles « évaluent » les besoins et lancent des appels à projet (Nommés dans le secteur marchand des appels à concurrence). Cette situation est particulière, les structures étatiques sont juge et partie, un véritable pouvoir est exercé et permet de multiples formes de contrôle social : recueil de données sur différentes catégories de la population, contrôle financier, contrôle législatif. Les associations et les salariés sont soumises au diktat des financeurs et des décideurs.

 

Une partie importante des dispositifs associatifs est contrôlé par les élus, par exemple les missions locales (Insertion sociale et professionnelle des jeunes 16-25 ans) ont pour président un maire, un conseiller municipal et d'autres élus siègent au conseil d'administration. Fréquemment les dirigeants de structures associatives sont aussi partie prenante dans la vie politique locale : militants de partis politique, élus de l'opposition ou du pouvoir en place. Autre exemple, une personne au RSA (*Revenu de solidarité active) sera sous le contrôle du prefet, de la CAF, d'une structure associative pour « l'accompagnement », d'un organisme de formation (souvent de forme associative) pour la réinsertion... ! Un maillage précis de la vie sociale est ainsi développé.

 

Nous notions en introduction du texte que la « gauche a investi » les associations. Qui travaille dans les structures associatives est souvent confronté aux dirigeants et cadres de la gauche plurielle encartés ou non. Aussi l'exemple de la lutte de la CNT AIT de Clermont est emblématique. Il dévoile les tenants et les aboutissants d'un véritable contrôle des populations, de stratégie de précarisation des salariés et d'un travail politique de secteur, voire même d'un clientélisme.

 

 

Un salarié d'une association d'insertion.

 

 

*En septembre 2010, 1 765 00 foyers sont tributaires du rSa pour vivre.

 

 

 

Textes du syndicat de Clermont.

 

Vendredi soir, l'Union Locale de la CNT-AIT a obtenu l'embauche de T. par l'action directe. Contre une patronne de gôche.

T. était venu nous voir à une permanence. Il avait été bénévole dans une asso d'accueil des migrant-e-s, qui s'est dissout en 2010. Puis font montée SAMA, avec son aide. SAMA est subventionnée par les mairies de Clermont et Cournon, le Conseil Général et le Conseil Régional. SAMA lui avait promis un emploi d'accueil. Un contrat tri-partite avait été signé entre Pôle Emploi, l'asso et T. De plus, des promesses orales lui avaient été faites. Il attendait toujours son embauche, et n'avait donc aucune ressource (il n'avait pas fait de recherche d'emplois vu la promesse, donc pas de RSA…). Précisons qu'en tant qu'organisation anarchosyndicaliste, la CNT-AIT n'impose rien aux exploité-e-s, tout a été fait avec l'accord de T. (qui n'est pas affilié à la CNT-AIT).

Nous l'avons d'abord aidé à écrire une lettre de motivation. Pas de réponse. Nous avons alors écrit à la présidence de l'asso, tenue par F. Bezli (élue Vert au Conseil Régional…) pour exiger son embauche. Précisons qu'une partie de l'asso est au Front de Gauche, illes avaient même signé une carte de Parti de Gauche pour T. qu'il avait reçu chez lui, sans rien demander… Les syndicats CNT-AIT de Perpignan, des Landes ainsi que de Toulouse ont également envoyé un courrier. Réponse de l'élue de gôche “Je m'en fous, la CNT-AIT ça représente rien”.

Alors on a passé la vitesse supérieure. Vendredi soir se tenait le CA de SAMA (qui d'ailleurs n'est jamais transparent…). Au milieu de celui-ci, une dizaine de militant-e-s et sympathisant-e-s de la CNT-AIT 63 envahissent le local, avec une banderole et en criant “Embauchez T. !”. Au premier abord, surprise du CA qui s'y attendait pas. Mme Bezli se moque de nous, prend des photos… Mais on dit qu'on partira pas tant que T. ne sera pas embauché. Là ça coince…


Une compagne monte sur la table et dit : “Il va crever de faim pendant trois mois mais vous en avez rien à foutre c'est ça ??”. Réponse de l'écolo-bobo : “Je m'en fous j'ai vécu pire”. Des bourgeoises commencent à s'énerver: “C'est inadmissible, le CA ne peut se tenir, j'exige que vous sortiez”. La gôche est une merde, n'en soyons pas la mouche… On refuse. Un compagnon lance : “De l'extrême droite à l'extrême gauche vous en avez rien à foutre, le but est de gérer la misère et d'exploiter les pauvres”. Là ça gueule… On apprendra que le CA voulait squizzer la question de T. … Au bout d'un moment, on leur dit que le CA doit voter son embauche, on sort pour le vote, mais on attend devant.

On reste devant le CA. Qui jusque là refusait d'embaucher T. On entend que l'ambiance est pas au beau fixe. Quelqu'un vient fermer les rideaux de leur local. On maintien la pression dehors (d'après un témoignage d'une personne siégeant au CA, ça a eu son effet). Certaines sortent fumer une clope, l'air pas contentes. Au bout d'une bonne heure, le CA se termine.


T. est embauché à l'unanimité. Deux personnes démissionnent du CA devant le traitement réservé aux gens. Une militante depuis plus de 30 s'est fait insulté sur le fait qu'elle… ne militait pas. Par la bosse. Bref, ça a gueulé, mais on a eu des retours positifs de certaines personnes. D'autres évidemment non (Mme Bezli, les gens du Parti de Gauche…). Il semble que dans beaucoup d'autres assos c'est pareil.

En moins d'1h30, par l'action directe, sans négocier, nous avons montré qu'il était possible d'imposer nos revendications aux patron-ne-s, fussent-illes de gôche et même d'extrême gôche. Un-e patron-ne reste un-e patron-ne. Pour reprendre les termes de nos compagnes-ons de la SolFed (section anglaise de l'AIT) après une victoire pour des heures non payées, “L'action directe marche. T. en est la preuve vivante”.


Union Locale CNT-AIT 63

 

http://anarsixtrois.unblog.fr/2011/10/1 ... n-directe/

 

 

Une victoire de l'action directe



Vendredi 7 octobre 2011, des militant-e-s de l'Union Locale de la CNT-AIT 63 ont interrompu le CA de l'association SAMA, pour obtenir l'embauche de T. Cette action directe, typique des pratiques anarchosyndicalistes que nous développons, a suivi l'envoi de plusieurs lettres restées sans réponse. Ce soir-là, le CA a voté l'embauche de T. à l'unanimité.

Depuis, l'action de la CNT-AIT a fait beaucoup parler et réagir. En effet, SAMA est une association qui accueille les migrants, une association de gauche. Certains ont dit que nous faisions le jeu de l'extrême droite, plus encore lorsque le local de l'association a été attaqué par l'extrême droite, qui se sent pousser des ailes dans la période actuelle de crise du capitalisme.

Mais notre action ne s'est fait pas faite contre SAMA. Notre syndicat défend des sans-papiers, et lutte pour l'abolition des frontières au sein de l'Association Internationale des Travailleurs-euses. Nous avons agit pour l'embauche d'une personne. Le fait d'être une association de gauche qui mène une action de type humanitaire ne semble empêcher en rien de se conduire de la pire des manières avec ses salarié-e-s. Nous avons été calomnié-e-s, insulté-e-s… suite à cette action. Mais nous ne lâcherons rien. Nous doutons fortement qu'un autre syndicat aurait osé dénoncer des pratiques humiliantes dans une boîte de gauche.


Pour la dignité des travailleurs-euses.

Pour le respect des droits élémentaires de T.

Pour l'anarchosyndicalisme.

Union Locale de la CNT-AIT 63

 

Par gasy - Publié dans : Chronique hebdo
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